La Légende De Từ Thức

23 Tháng Năm 201412:30 SA(Xem: 4621)

Sous la dynastie des Trần, au XIVè siècle, vivait un jeune lettré nommé Từ Thức. Fils d’un grand mandarin, il avait obtenu par faveur royale, à la mort de son père, une charge de préfet dans la circonscription de Tiên Du (Nord ViệtNam). Mais les obligations de son nouveau métier lui pesaient. Au travail administratif, il préférait sa guitare et ses poèmes ; il négligeait de rendre la justice, et les impôts ne rentrait pas.

Un jour du dixième mois de l’année Bính Tý (1396), il se rendit à la pagode voisine où les bonzes avaient organisé une fête pour célébrer l’éclosion d’un merveilleux camélia. Au cours de la fête, une jeune fille cassa la fleur par mégarde. Les bonzes exigèrent à titre de dommage une forte somme que la jeune fille était incapable de payer. Ils menacèrent alors de l’arrêter et de l’emmener au poste de garde du village. La jeune fille était rouge de confusion ; mais dans le cercle des curieux qui l’entouraient et la plaignaient, personne ne se dévoua à la secourir. Alors Từ Thức, aussi démuni d’argent qu’elle, n’hésita pas à enlever sa robe de brocart pour payer la rançon. La jeune fille, libérée, lui fit une gracieuse révérence, puis s’empressa de quitter la pagode.

Rentré chez lui, Từ Thức fut averti par ses clercs qu’un mandarin envoyé par le roi l’attendait dans son bureau depuis une heure. Il était très mécontent, car il avait constaté la négligence qui régnait dans les affaires de la préfecture, et il dit aussitôt à Từ Thức, sans aménité :

- Votre père était un grand mandarin, travailleur et consciencieux. Comment se fait-il que vous, son fils, soyez incapable d’assurer les fonctions d’un simple préfet ?

- Excellence, répondit Từ Thức, je reconnais mes torts. Mais je préfère, à quelques mesures de riz par mois, ma paresse et ma liberté. Voici ma démission que je vous prie respectueusement de bien vouloir accepter.

Malgré les conseils du mandarin-inspecteur, il rédigea sur-le-champ sa démission qu’il remit avec son sceau de préfet. Puis, le cœur léger, il s’en alla, portant allégrement pour tout bagage sa guitare et sa calebasse d’alcool.

Plusieurs d’années passèrent. Après avoir vagabondé au hasard des routes, il se fixa au bord de la mer, dans la grotte de Tông Sơn. Il pêchait, ou allait dans la forêt voisine couper du bois qu’il échangeait contre le riz et de l’alcool, et quand il avait devant lui des provisions suffisantes pour trois ou quatre jours, il cessait de travailler. Parfaitement heureux, il buvait, jouait de la guitare et composait des poèmes.

Un matin, en sortant de sa grotte, il vit sur la mer, à quelques lieues du rivage, une île merveilleuse. La veille encore, la mer était dégagée jusqu’à l’horizon. Cette île mystérieuse était-elle née d’un cataclysme, ou n’était-ce pas plutôt la demeure des Immortels ? Il décida de s’y rendre pour élucider ce mystère.

Aussitôt, dénouant l’amarre de sa barque, il navigua jusqu’à l’île et, après avoir ramé pendant des heures, il accosta dans une crique déserte. Rien ne décelait la présence de l’homme ; pas une chaumière en vue, pas même un filet de fumée, ni le moindre sentier serpentant parmi les buissons sauvages. C’était la nature telle qu’elle avait du être aux premiers jours de la création.

Emu, Từ Thức but une gorgée d’alcool dans sa calebasse, et écrivit sur un rocher le poème suivant :

L’aube étend sa lumière sur le jour printanier,

Les fleurs et les plantes sourirent pour m’accueillir.

Où donc est celi qui cherche les herbes médicinales ?

Trouverai-je ici la source qui donne l’immortalité ?

Après avoir gravé ces vers, Từ Thức fit quelques pas pour continuer ses investigations. Comme il s’appuya sur un rocher, celui-ci bascula brusquement et découvrit un tunnel obscur. Surpris, Từ Thức resta quelques instants immobile, mais il se sentit attiré par le tunnel et s’y aventura. A peine eut-il franchi l’entrée que le rocher bascula de nouveau et la ferma hermétiquement.

- Je suis condamné à mourir ici, murmura Từ Thức. Allons toujours à la grâce de Dieu.

Et en cherchant des mains les parois du rocher, il avança péniblement. Au bout de quelques dizaines de toises, une clarté apparut à l’autre extrémité du tunnel. Réconforté, Từ Thức se dirigea vers cette porte de salut. Bientôt il déboucha dans une vallée enchanteresse, au centre de laquelle s’élevait un magnifique palais étincelant de dorures et de porcelaines blanches. Deux jeunes filles habillées de bleu se tenaient devant la porte du palais et s’avancèrent au devant de lui.

- Voilà notre jeune marié qui arrive, dirent-elles en riant.

Et s’inclinant devant Từ Thức stupéfait, elles le saluèrent respec-tueusement et lui dirent :

- Seigneur, veuillez nous suivre. Vous êtes attendu.

Emerveillé, Từ Thức les suivit docilement dans le palais. Après avoir traversé une enfilade de pièces toutes plus richement meublées les unes que les autres, il parvint à une grande salle de réception où, sur un trône d’or et de jade, une dame magnifiquement habillée lui sourit avec bienveillance. Aussitôt il se prosterna respectueusement devant elle. - Soyez le bienvenu, dit-elle, et dites-moi, vous qui avez beaucoup voyagé, si vous savez où vous êtes ? - Comment un simple mortel comme moi pourrait-il le savoir, Madame ?

- Je suis la Princesse Ngụy, et je règne sur cette île Phi Lai qui, au gré de ma volonté, se déplace sur les flots et se fixe là où il me plait de m’arrêter. C’est parce que votre destin est lié à celui de ma fille qu’il vous a été donné de venir jusqu’à mon palais.

Puis se tournant vers les deux suivantes, elle leur dit :

- Faites venir ma fille.

Quelques instants plus tard, il vit venir une jeune fille d’une merveilleuse beauté.

-Reconnaisez-vous ma fille Giáng Hương ? dit la princesse Ngụy. Vous l’avez sauvée lors d’une fête. Je vous la donne en mariage.

Aussitôt des ordres furent donnés pour que le mariage fut célébré le soir même. Tandis que des messagers ailés s’élancèrent pour aller convoquer les amis de la princesse, des servantes emmenèrent le jeune homme dans une chambre où l’attendaient un bain parfumé et des vêtements splendides. Quand il eut achevé sa toilette, elles le reconduisirent dans la grande salle de réception où avait été dressé un autel.

Une nombreuse assistance d’Immortels et d’Immortelles s’y trouvait déjà. Ils étaient venus, qui sur un dragon, qui sur un phénix, qui sur un simple char traîné par le vent. Au son d’une musique délicieuse, le mariage fut célébré, puis tout le monde prit place au banquet.

De jeunes servantes apportèrent, dans de la vaisselle de jade, des mets délicieux et inconnus dont Từ Thức n’avait jamais goûté. Les convives étaient joyeux et dêtaient le nouveau venu.

Từ Thức, dit l’un d’eux, vous avez eu la bonne fortune d’épouser une Immortelle. Je sais que vous êtes un grand poète. Voulez-vous nous laisser admirer votre talent en célébrant par une poème votre merveilleuse aventure ?

-Je le ferai volontiers, répondit Từ Thức.

Aussitôt une servante posa devant lui un pinceau, un encrier et une feuille de papier rouge. Il réfléchit un instant, puis écrivit :

Une île merveilleuse flotte au milieu d’un océan immense,

Des nuages roses montent dans le ciel, pareils à une pièce de brocart.

Suis-je éveillé ? Suis-je endormi ?Déjà le monde terrestre s’estompe dans mon souvenir.

Les Immortels admirèrent l’écriture délicate et le poème esquis ; ils félicitèrent la Princesse d’avoir su découvrir un gendre aussi plein de mérite, et qui lui faisait honneur.

Le banquet se prolongea tard dans la nuit. Từ Thức, heureux, croyait rêver. Mais ce rêve magnifique et charmant se poursuivit pendant un an, dans un bonheur que son séjour chez les hommes ne lui avait jamais permis d’imaginer. Il passait ses jours et ses nuits auprès de sa femme dont la grâce animait un décor de féerie. Il ne se laissait pas de contempler les jeux de la lune parmi les nuages bleus ou les fleurs lumineuses dont l’éclat pourtant pâlissait quand arrivait Giáng Hương, fleur splendide entre toutes les fleurs. Il s’enivrait de son bonheur et composait des poèmes innombrables pour chanter son émerveillement ; et il ponctuait ses poèmes de larges libations d’ambroisie céleste.

Peu à peu cependant, une certaine mélancolie le gagnait. Vivant dans un monde divin où le bonheur était obtenu sans effort, où chaque vœu était exaucé aussitôt qu’exprimé, où la passion n’existait plus, il avait la nostalgie du monde humain, de la Terre, vallée de larmes, mais aussi théâtre des passions exaltantes. Il s’en ouvrit un jour à son épouse.

- Giáng Hương, dit-il, un an s’est écoulé depuis que je suis ici. Qu’est devenu mon village depuis ce temps ? Je voudrais le revoir, ne serait-ce qu’une fois, avant de revenir me fixer définitivement ici, près de vous.

- Oh ! Seigneur, que dites-vous là ? N’êtes-vous pas parfaitement heureux ici ? La condition humaine vous tenterait-elle encore ?

- Hélas ! mon amour, comprenez-moi. Oui, je suis parfaitement heureux ici, trop heureux même. Et c’est justement ce qui me pèse. Comment vous exprimer ce que je ressens ? Dans ce paradis des Immortels, je réalise combien est vaine l’agitation humaine, combien vains sont les honneurs, les richesses, les efforts des hommes. Mais ma nature humaine y trouve une saveur déraisonnable, j’en conviens, et amère, mais j’ai besoin de cette amertume. Laissez-moi retourner sur la Terre un jour, un jour seulement, pour extirper définitivement de mon âme ce ver qui la ronge. Après quoi, je pourrai revenir apaisé auprès de vous.

A la pensée de cette séparation, Giáng Hương ne put répondre que par des larmes. Từ Thức lui demanda pardon, promit de n’y plus penser . Mais il devint si abattu les jours suivants qu’à la fin Giáng Hương s’en ouvrit à sa mère, la Princesse Ngụy.

- Pourquoi te lamenter, ma fille ? Si son destin est de revenir sur terre, tu dois t’y résigner. N’as-tu donc plus le cœur d’une Immortelle ? Rappelle-toi que nul ne peut être Immortel s’il ne le veut pas de toutes ses forces. Telle est notre loi inexorable. Tu raisonnerais en vain ton mari, sa place n’est déjà plus ici.

La Princesse fit appeler Từ Thức et lui donna, pour revenir sur Terre, un char ailé. Từ Thức se prosterna devant elle pour la remercier, puis fit ses adieux à sa femme.

- Ne soyez pas triste, ma chérie. Je reviendrai auprès de vous dès que j’aurai revu mon village natal.

Hésistante, Giáng Hương lui répondit :

- Nous sera-t-il permis de nous revoir encore ? N’importe, nous nous sommes aimés d’un amour éternel. Eternelle sera ma fidélité envers vous ; et que vous soyez loin ou près de moi, votre pensée me sera toujours présente. Adieu, mon cher époux !

Từ Thức monta sur son char ailé qui, en un éclair, le transporta dans son village natal. Mais s’il reconnut facilement les lieux : la mare au milieu du village, la petite colline et la forêt à côté, il ne retrouva plus les habitations, et encore moins ses amis d’autrefois. Sur aucun des visages qu’il rencontra, il ne put mettre un nom. Finalement, il aborda un paysan et lui demanda :

-Monsieur, je vous prie, dites-moi le nom de ce village.

- C’est le village de Tông Son.

- Mais alors que sont devenus mes amis : M. Ba, le maître d’école, M. Tư, le médecin ?

-Je n’ai pas l’honneur de les connaître.

Il posa les mêmes questions à d’autres villageois qui tous lui firent la même réponse. Il s’approcha d’un vieillard et lui demanda s’il avait entendu parler d’un certain Từ Thức, habitant de ce village.

-Oui, répondit le vieillard, Từ Thức était mon grand-oncle. Mon grand-père en a parlé à mon père, qui m’en a parlé à son tour. Il y a de cela très lontemps, quand mon père avait à peine cinq ou six ans, mon grand-oncle Từ Thức est allé un jour en mer, et n’est jamais revenu.

Attristé, Từ Thức remercia le vieilard et s’en revint à la plage où il avait déposé son char, espérant par ce moyen retourner au séjour des Immortels. Mais le char avait disparu ; de même, l’île merveilleuse qu’il avait quittée le matin même s’était évanouie. Devant lui s’étendait la mer immense et vide. La mort dans l’âme, sachant qu’il venait de perdre, par sa faute, le paradis où il avait goûté le bonheur parfait pendant un an – pendant un siècle à l’échelle des humains – il reprit avec lassitude son métier de pêcheur et de bûcheron. Mais le regret du paradis perdu le rongeait inlassablement, et un beau jour on ne le trouvera plus dans sa cabane.

Avait-il, une seconde fois, gagné le séjour des Immortels ?

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On a, dans cette légende, un autre spécimen du merveilleux viêtnamien, profondément différent du merveilleux chrétien ou arabe. Les Immortels issus de l’imagination viêtnamienne ne sont ni des saints animés d’une foi austère, prêts à mourir sur la croix pour sauver les âmes égarées, ni des preux chevaliers qu’aucun péril n’arrête sur le chemin de leur équipée héroïque. Ils diffèrent également de ces génies un peu puérils qui s’amusent à taquiner les mortels par des interventions surnaturellles. Beaucoup plus près de l’humanité, ils ont gagné l’immortalité en découvrant les secrets de la création. Surtout, grâce à leur vertu, ils sont parfaitement sereins devant ce qui fait la cupidité et le tourment des mortels : richesses, honneurs, concupiscence, jalousie, etc. Mais ils n’en sont pas moins, comme des créatures humaines, accessibles à l’amour, à la pitié, et même à la tristesse ; ils constituent seulement une humanité supérieure, plus belle, plus intelligente et plus sage que le commun des mortels.

La Princesse Ngụy incarne la fée qui est arrivée au stade de la perfection : elle est complètement détachée des misères de ce monde. Sa fille Giáng Hương est moins évoluée : elle aime encore à contempler les fleurs de la Terre, et caprice lui vaudra d’être liée au sort d’un mortel. Car la logique mystérieure de l’Univers veut que toute action, toute pensée même, se prolonge en conséquences inévitables, susceptible de retomber sur leurs auteurs. La contemplation d’une fleur terrestre est une faiblesse que Giáng Hương paiera d’une déchéance temporaire : le mariage, avec les douleurs inhérentes à cette condition humaine. Ce n’est qu’après avoir expié cette faute dans les larmes qu’elle pourra reconquérir son état de fée.

Quant à Từ Thức, le mandarin philosophe qui n’a pas hésité à sacrifier les honneurs périssables pour savourer en toute liberté les richesses inépuisables de la Nature, il reflète l’idéal taoïste qui sommeille plus ou moins dans le cœur de tout Viêtnamien. La philosophie du Viêtnamien d’autrefois était toute de souplesse. S’il réussissait dans les examens littéraires, s’il devenait mandarin, il était résolument confucianiste, c’est-à-dire plein de zèle pour servir son roi et ses concitoyens. S’il échouait au contraire dans ses examens, ou si des malheurs le frappaient dans ses biens ou dans ses affections, il se découvrait aussitôt une âme de bouddhiste, voir taoïste. Il se détachait du monde pour aller se recueillir dans une pagode, ou plus simplement, s’il n’avait pas le goût de la sévère discipline bouddhiste, pour aller mener une vie indépendante dans la montagne.Từ Thức appartient à cette dernière catégorie. Digne d’être élevé au rang des Immortels, il voit s’ouvrir, grâce à la princesse Ngụy, les portes du Royaume des Fées. Mais il n’a pas complètement dépouillé les misères de la condition humaine : dans le séjour des Immortels, il éprouve la nostalgie des perspectives terrestres. Même l’amour de Giáng Hương ne pourra pas le sauver, il devra retourner sur terre pour y regretter éternellement son Paradis perdu.

Mais cette légende contient peut-être encore un autre enseignement : les fleurs délicates et les plaisirs mêlés de notre monde, tout ce bonheur fragile ne tire-t-il pas une saveur irrésistiblement attirante du fait même qu’il est fragile ? Prêt, comme le voulait Alfred de Vigny à :

Aimer ce que jamais on ne verra deux fois,

peut-être Từ Thức, notre lettré vagabond, trouvera-t-il sur Terre une mortelle, moins belle certes que l’immortelle Giáng Hương, mais plus humaine, plus près de lui, et plus propre à le réconcilier avec les hommes. Après tout, cette moralité plus terre-à-terre n’est pas étrangère à la finesse narquoise de l’esprit viêtnamien.

Bích Câu Kỳ Ngộ

Nous allons voir, dans la “Rencontre merveilleuse à l’Arroyo bleu”, une expression légèrement différente de la pensée taoïste. C’est un roman en Nôm, long de 648 vers, relatant une histoire qui serait passée sous la dynastie des Lê. Son auteur et la date de sa composition étant inconnus, nous le plaçon arbitrairement ici à cause de ses affinités avec la “Rencontre merveilleuse à l’enceint de l’Ouest” et la légende de Từ Thức.

9.- Thành tây có cảnh Bích Câu

Cỏ hoa góp lại một bầu xinh sao !

Đua chen thu cúc, xuân đào,

Lựu phun lửa hạ, mai chào gió đông.

Xanh xanh dãy liễu, ngàn thông.

Cỏ lan lối mục, rêu phong dấu tiều.

Một vùng non nước quỳnh giao,

Phất phơ gió trúc, dặt dìu mưa hoa.

Dans l’Ouest de la Capitale, à l’Arroyo bleu,

Les fleurs et les herbes s’harmonissent pour former un site enchanteur.

S’y pressent les chrysanthémes en automne et les pêchers au printemps,

Tandis que les grenadiers flamboient en été et que les cerisiers saluent le vent d’hiver.

Des saules et les pins verdoient à perte de vue,

L’herbe gagne les sentiers des bouviers, et la mousse recouvre la trace des bûcherons.

Dans cette étendu de terre et d’eau, belle comme une pierre précieure,

Les roseaux frémissent au vent, et les fleurs tombent en pluie.

Dans ce site enchanteur vivait un jeune homme, orphelin de père et de mère. De bonne heure Tú Uyên s’est illustré dans les lettres. Un jour, en allant visiter une pagode, il rencontra une jeune fille merveilleusement belle. Il engagea conversation avec elle et la suivit jusqu’au pavillon de Quang Vân où elle disparut comme par enchantement.

161.- Lần trăng ngơ ngẩn ra về,

Đèn thông khêu cạn, giấc hoè chưa nên.

Nỗi nàng canh cánh nào quên,

Vẫn còn quanh quẩn người tiên khéo là ?

Bướm kia vương lấy sầu hoa,

Đoạn tương tư ấy nghĩ mà buồn tênh !

Có khi gẩy khúc đàn tranh,

Nước non ngao ngán ra tình hoài nhân.

Cầu hoàng tay lựa nên vần,

Tương Như lòng ấy, Văn Quân lòng nào ?

Có khi chuốc chén rượu đào,

Tiệc mời chưa cạn ngọc giao đã đầy.

Hơi men không nhắp mà say,

Như xông mùi nhớ, lại gây giọng tình.

Có khi ngồi suốt năm canh,

Mõ quyên điểm nguyệt, chuông kình nện sương.

Lặng nghe những tiếng đoạn trường,

Lửa tình dễ đốt, sóng Tương khôn hàn

Có đêm ngắm bòng trăng tàn,

Tiếng chim hót sớm, trận nhàn bay khuya.

Ngổn ngang cảnh nọ tình kia.

Nỗi riêng, riêng biết, dã dề với ai ?

Vui xuân chung cảnh một trời,

Sầu xuân riêng nặng một người tương tư.

Sous le clair de lune, il rentre chez lui, l’esprit égaré

Allume sa lampe de résine, et ne se décide pas à dormir.

L’image de la belle inconnue le poursuit

Comme si elle était toujours à ses côtés

Papillon qui rêve à la fleur tristement,

Il tombe dans un mal d’amour langoureux.

Parfois il se met à pincer sa guitare

Don’t les sons plantifs lui rappellent le souvenir de l’absente.

Il joue l’air du “Phénix male à la recherche du Phénix femelle”.

Mais si son cœur est celui de Tương Như, il ignore comment est celui de Văn Quân.1

Parfois il se met à boire,

Mais l’alcool n’est pas épuise que des larmes inondent ses yeux.

Il tombe ivre sans avoir vidé l’alccol

Don’t l’arôme avive en lui le regret de l’amour merveilleux.

Parfois il veille toute la nuit durant laquelle

Les coups du tocsin qui semblent ponctuer le mouvement de la lune et ceux de la cloche qui semblent frapper sur le brouillard

Lui paraissent les cris de ses entrailles dechirées,

Brûlées par le feu d’amour, et que ses larmes ne sauraient cicatriser.

Parfois il contemple la lune qui decline à l’horizon

Soit à l’heure ou les oiseaux chantent pour saluer l’aube naissante, soit au moment où les hirondelles rentrent tard à leurs nids.

Mille pensées le tourmentent alors,

Mais à qui pourrait-il confier ses chagrins personnels ?

Sous la coupole du ciel, tout le monde se réjouit du retour du printemps;

Lui seul, atteint du mal d’amour, s’en sent accablé.

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1 Tư Mã Tương Như (Si Ma XiangRu 司 馬 相 如), un célèbre poète qui vivait sous la dynastie des Han, vint sejourner chez un de ses admirateurs. Or celui-ci avait une fille merveilleusement belle, Trác Văn Quân (Zhuo Wen Jun 桌 文 君), déjà veuve. Tương Như savait qu’elle était éprise de musique. Il composa et joua l’air du Phụng Cầu Hoàng (Le Phénix mâle à la recherche du Phénix femelle) pour la séduire. Effectivement, grisée par cette musique, la jeune femme quitta ses riches parents pour aller partager la vie de son poète pauvre.

Tú Uyên va enfin consulter un oracle qui lui prédit qu’il rencontrera sa bien-aimée demain matin sur les bords de la rivière Tô Lịch (petite rivière qui arrosait Hanoi avant d’être comblée à la fin du XIXè siècle). Il attend vainement tout le jour. Au crépuscule seulement, il voit venir un marchand d’estampes. L’une de celles-ci représente justement la jeune fille qu’il a rencontrée. Fou de joie, il l’achète et l’emporte chez lui. Et il l’adore comme si c’était un être en chair et en os.

307.- Mâm chung một, đũa thêm hai,

Thơ trao dưới nguyệt, rượu mời trước hoa.

A table, il la place près de lui, disposant pour elle une paire de baguettes.

Sous la lune, il compose des poèmes qu’il lui récite; devant les fleurs, il l’invite à boire.

Un jour, revenant de son école, il trouve un repas splendide tout servi. Et ce miracle se renouvelles les jours suivants. Intrigué, il fait mine d’aller à l’école comme d’habitude, puis revient chez lui à l’improviste. Il surprend la jeune fille descendant de l’estampe magique. Et elle ne fait aucune difficulté pour lui avouer qu’elle est une Immortelle, mais qu’elle est liée à lui par le Destin.

D’un coup de baguette, elle transforme la pauvre paillote de l’étudiant en un palais somptueux. Et ils y vivent heureux, complètement oublieux du monde. Mais Tú Uyên prend l’habitude de s’enivrer outre mesure, malgré les conseils de Giáng Kiều sa femme qui, de guerre lasse, disparaît.

Sorti de son ivresse, Tú Uyên est dechiré par le remords :

481.- Non thần mấy dặm đường xa

Khói mây man mác dễ mà hỏi vay !

Cát vàng bụi bạc xa bay,

Mây trên mặt đất, non xây chân trời.

Ngắt chùng bể thẳm doành khơi,

Đường xa bao nả tình dài bấy nhiêu.

Comment attenidre la lointaine montagne des Immortels,

Cachée d’ailleurs par les brouillards et les nuages; qui pourrait en lui indiquer le chemin ?

Il ne voit devant ses yeux que des tourbillons de sable jaune et de poussière blanche,

Des nuages survolant la terre, et des montagne dressées à l’horizon

Au delà des mers immenses.

Autant est grande la distance, et autant grand est son amour.

Désespéré, il tente de se suicider. Giáng Kiều réapparait, et lui pardonne. Au bout de quelques années de parfait bonheur, un fils leur est né, qu’ils entourent de mille soins. Puis, un jour, elle lui dit:

581. Trời thu mây hợp, lại tan,

Ngày xuân hoa nở, hoa tàn mấy lăm

Gẫm trong tám, chín mươi năm,

Bóng câu cửa sổ dễ cầm mãi ru !

Thịt xương gửi đám Diêm phù,

Sinh sinh hóa hóa trong lò hồng quân.

Đố ai vượt khỏi lòng trần,

Sông mê chìm nổi, thế nhân đã đầy.

Anh hùng những mặt xưa nay,

Trăm năm nát với cỏ cây cũng là.

Dần dần tháng trọn ngày qua,

Vui chung tám cõi, xuân riêng bốn mùa.

Dọc ngang bốn bể năm hồ,

Khắp trong ba cõi chín châu mặc dầu.

Ra vào kim khuyết quỳnh lâu,

Treo tranh yên thủy, giắt bầu kiền khôn.

Đi về tuyết điếm hoa thôn,

Thông rền nhịp phách, suối tuôn ngón đàn.

Một ngày trong thú thanh nhàn,

Mấy trăm muôn cảnh nhân hoàn đọ sao !

Khuyên chàng sớm nghĩ lấy nao,

Gà lồng, hạc nội, bên nào là hơn ?”

Mảnh riêng sinh những bàng hoàng,

Tuy say cõi tĩnh, chưa tan lòng phàm.

“Trót xưa túi sách con gươm,

Ví ta Sào, Hứa, ai làm Y, Chu ?”

Thưa rằng : “Đã tiếng trượng phu,

Sự đời vinh nhục chi cho bận lòng.

Ví ham nghìn tứ, muôn chung,

Con chim bay mãi cũng trong khuôn trời.”

“En automne les nuages s’assemblent puis se dispersent,

Au printemps, les fleurs s’épanouissent puis se flétrissent.

Dans les 80 ou 90 ans de la vie humaine,

Les jours passent vite, comme l’ombre du cheval devant la fenêtre, sans qu’on puisse les arrêter.

La chair et les os retourneront à la terre,

Tandis que l’âme renaîtra et disparaîtra sans répit dans le grand fourneau du Cosmos1

Combien de gens peuvent dominer leurs passions terrestres

Qui les immergent dans le fleuve de l’erreur ? 2

Depuis l’antiquité, même les héros

Sont anéantis avec les herbes et les arbres.

Et avec les jours et les mois qui passent,

Les femmes aux joues roses ne tardent pas à avoir des cheveux blancs.

Dans les lieux déserts, quelques tertres envahis par l’herbe

Sont tout ce qui reste des palais autrefois splendides.

Et l’océan n’a pas le temps de se transformer en champ de mûrier

Que les montagnes de cuivre et d’or se sont déjà désagrégées.

Ne vaut-il pas mieux couler sa vie dans les palais des Immortels

Où la joie est répandue dans les huit directions, et le printemps la seule saison de l’année ?

Alors vous pourriez parcourir à votre gré les quatre océans et les cinq lacs,

Les trois mondes et les neuf sphères célestes3,

Visiter les portes d’or et les palais de diamant 4

Suspendre à votre flanc la carte des brumes et des fleuves, et la calebasse renfermant le monde 1

Ou promener vos pas dans les auberges enneigées et les hameaux fleuris,

Où les pins et les sources chantent leur éternelle chanson.

Un de ces jours de félicité

N’est-il pas infiniment meilleur que tous les moments passés sur terre ?

Je vous conseille de faire promptement votre choix

Entre le sort d’un coq en cage, et celui d’une oie sauvage volant en plein ciel.”

Mais Tú Uyên reste encore perplexe

Car, bien que gagné à la vie de retraite, il n’a pas détruit en lui toutes les attaches terrestres.

“J’ai appris, dit-il, à lire les livres et à manier l’épée.

Si je me retirais du monde comme Sào, Hứa, qui tiendrait le rôle de Y, Chu ?”2

Elle répond : “L’honneur supérieur

Ne se préoccupe pas des affaires du monde.

Celui qui poursuit les honneurs et richesses

Est comme cet oiseau qui, malgré son vol ininterrompu, reste dans la cage du ciel.

Tú Uyên est enfin convaincu. Il se consacre aux pratiques qui feront de lui un Immortel, comme Giáng Kiều. Et tous deux s’envoleront au ciel, montés sur deux cygnes, après avoir béni leur fils laissé sur terre.

Nous voyons exposer dans ce récit une conception des Immortels moins romanesque, mais plus décisive que dans la légende de Từ Thức. Comme ce dernier, Tú Uyên est un homme supérieur qui méprise les vanités humaines.

Il a voulu tout d’abord rester sur terre, non pas comme Từ Thức par attachement aux passions terrestres, mais pour accomplir son devoir d’homme envers la société, selon l’enseignement confucianiste. Puis, gagné aux conseils de sa femme, il se convertit résolument au taoïsme, et travaille à devenir un Immortel. C’est que, dans la doctrine taoïste, un Immortel n’est autre qu’un être humain (ou même un animal, une plante) qui, par l’étude des lois du Cosmos, parvient à en posséder tous les secrets, et par la domination de son cœur, parvient à s’affranchir de tous les sentiments mesquins qui font le malheur des mortels. Dominant la matière et l’esprit, il surmonte ainsi les lois relatives du monde pour vivre dans l’Absolu.


1 Métempsycose.

2 D’après l’enseignement bouddhique, le monde n’est qu’illusion, erreur des sens de l’homme qui n’est pas parvenu à la parfaite connaissance.

3 Les trois mondes sont : celui de la passion (dục), celui des formes (sắc) et celui privé de formes (vô sắc).

4 Les neuf sphères célestes sont celles de la mythologie bouddhique du royaume des cieux.

1 Figure de rhétiruque taoïste : l’Immortel domine le Cosmos comme s’il l’avait tracé sur une carte, ou enfermé dans son esprit comme l’alcool dans une calebasse.

2 Sào Phủ , Hứa Do (Xu You 許 由) : deux sages de l’antiquite qui ont refuse le trone offert par l’empereur Nghiêu (Yao 堯).

Y Doãn (Yi Yin 伊 尹), Chu Công (Zhou Gong 周 公) : deux grands hommes d’Etat qui ont fait laa grandeur de l’empire des Thương (Shang 商) et des Chu (Zhou 周).

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