Nguyễn Hữu Huân

21 Tháng Năm 20143:40 SA(Xem: 4363)

NGUYỄN HỮU HUÂN

(1841 – 1875)

Originaire du village de Tĩnh Hà, province de Định Tuờng. Reçu premier lauréat licencié sous le règne de Tự Đức, il a refusé d’entrer dans le mandarinat. En 1861, il organisa un maquis pour résister contre l’envahisseur. Arrêté en 1863, il fut envoyé en exil à Poulo Concorde puis à l’île de la Réunion.

En 1874, il fut grâcié et astreint à loger chez un de ses anciens amis, le célèbre đốc phủ Đỗ Hữu Phương, un grand dignitaire du nouveau régime. Pour conquérir son cœur, celui-ci organisa un banquet où furent également invités beaucoup de collabo-rationnistes. Sollicité au cours du banquet de dire ses impressions, il improvisa ce poème :

Nghĩ thẹn râu mày với nước non,

Nhìn nay tùng cúc, bạn xưa còn.

Miếu đường cách trở bề tôi chúa,

Gia thất riêng buồn nỗi vợ con.

Áo Hán nhiều phen thay vẻ lạ,

Rượu Hồ một mặt đắm mùi ngon.

Giang Đông nổi tiếng nhiều tay giỏi,

Cuốn đất kìa ai, dám hỏi don !

(Giai thoại làng Nho, p.78)

Plein de confusion, avec ma barbe et mes sourcils 1 devant les monts et les fleuves,

Je me réjouis que mes amis, avec qui j’étais lié comme le pin et le chrysanthème, soient encore là.

Pourquoi, hélas, faut-il que je ne puisse plus rendre mes devoirs à mon prince

Et aie à m’inquiéter du sort de ma femme et de mes enfants ?

Je vois que les costumes Hán 2 ont pris une coupe nouvelle

Et que l’alcool Hồ 1 est chargé d’un arôme délicieux.

Mais rappelez-vous que la rive Est du fleuve est pleine de héros

Qui pourraient encore emporter une victoire inattendue 2 .

Dans ce poème, l’auteur, tout en remerçiant ses anciens amis de leur cordialité, s’indigne de ce qu’ils ont trop facilement accepté la défaite, et trop vite adopté les mœurs du conquérant. Cette critique n’a pas du beaucoup plaire à l’amphytrion et à ses invités.

Au bout de quelques mois de résidence surveillée, Nguyễn Hữu Huân obtint d’être relâché. Il en profita aussitôt pour soulever de nouveau la population contre le pouvoir établi. Il fut cette fois ci condamné à mort. Conduit à l’échafaud installé au marché de Phú Kiệt, dans la ville de Mỹ Tho, il eut la suprême élégance d’adresser à la foule amassée autour de l’échafaud cette harangue en vers :

Hai bên thiên hạ thấy hay không ?

Một gánh cương thường, há phải gông ?

Oằn oại hai vai quân tử trúc,

Long lay một cổ trượng phu tòng.

Sống về đất Bắc danh còn rạng,

Thác ở thành Nam tiếng bỏ không.

Thắng bại, doanh thâu trời khiến chịu,

Phản thần, đ. m. đứa cười ông !

(Op. cit. p. 81)

O vous qui, sur les deux côtés de la route me regardez, voyez-vous ?

Ce que je porte, ce n’est pas un carcan, mais les charges du citoyen.

Vainement les sages bambous gémissent sur mes épaules,

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1 Hồ : une peuplade barbare de la Chine antique. L’alcool Hồ désigne le vin français.

2 Allusion à un fait historique. Lorsque Hạng Vũ (Xiang Vu 項羽), roi de Sở (Chu 楚), eut été vaincu par Lưu Bang (Liu Bang 劉邦) fondateur de la dynastie des Hán, et se fut enfui au bord du Yang Zi Jiang 揚子江), un passeur de bac l’invita à traverser le fleuve. Mais Hạng Vũ était découragé, et refusa d’accepter cette offre.

Ils ne sauraient faire fléchir à leur gré le cou du héros1.

Ma réputation revivra plus brillante sur la terre du Nord 2

Et le bruit de ma mort retentira dans la citadelle du Sud.

Que m’importe la défaite que m’inflige le Ciel ?

Maudits soient les traîtres qui osent rire de moi !

-Sire, dit le batelier, à l’Est du fleuve, des héros innombrables vous attendent. Qui sait si avec leur concours vous ne pourriez pas obtenir une victoire inattendue ?

-Lorsque je partis en guerre, répondit Hạng Vũ, j’amenai avec moi huit mille jeunes gens de mon village. Aucun d’entre eux n’est resté en vie. Que dirais-je à leurs parents en revenant seul ?

Et Hạng Vũ se laissa attraper et tuer par les soldats de Lưu Bang.

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La querelle entre collaborationnistes et abstentionnistes :

Tôn Thọ Tường, Phan Văn Trị et Huỳnh Mẫn Đạt

Nous avons dit plus haut que parmi les ralliés au nouveau régime, ceux que l’aristocratie intellectuelle du pays qualifiait de traîtres, bien peu osaient défendre ouvertement leurs convictions. Ils se contentaient d’en exploiter les avantages matériels, et se taisaient. Si la fibre poétique les tiraillait, ils chantaient la lune, le vent, les fleurs, l’amour, mais évitaient comme de la peste de parler politique.

Or, il y avait une exception, et même une exception remarquable. C’était Tôn Thọ Tường (1825-1877), fils d’un licencié et petits-fils d’un grand mandarin militaire. Dès sa jeunesse, il était réputé pour son savoir et son talent poétique.Il fut le fondateur du fameux Bạch Mai thi xã (cercle littéraire des cerisiers blanc) installé à Chợ Lớn. Refusé aux examens littéraires, il fit valoir ses droits de fils de mandarin pour solliciter une place, mais la Cour la lui refusa. Dépité, il s’adressa aux Français qui venaient d’occuper les trois provinces orientales du Sud, et fut nommé préfet de Tân Bình. Puis il fut désigné pour accompagner l’ambassadeur Phan Thanh Giản à Paris. Il parvint jusqu’au garde de đốc phủ, et mourut en 1877 au Nord où l’avait envoyé l’administration française.

Quoique servant le Protectorat, il tenait à conserver l’estime de ses amis les lettrés qui s’engageaient dans la résistance ou boudaient le nouveau régime. Ils évitaient de le voir, ou même le critiquaient dans des pamplets diffusés très largement dans le peuple. Très affecté par ces critiques, il eut la grandeur d’âme de n’y pas répondre par de basses vengeances que son influence auprès de ses maîtres étrangers eut pu lui procurer facilement ; tout au contraire, nous avons vu qu’il protégeait son ancien ami Bùi Hữu Nghĩa devenu un rebelle. En sage doublé d’un poète, il se contentait de répondre aux critiques par des poèmes émouvants où il s’efforçait de justifier ses convictions politiques.

Huỳnh Mẫn Đạt (1807-1833) était l’un de ces farouches opposants. Reçu licencié en 1831, il parvint jusqu’aux fonctions de gouverneur de la province de Hà Tiên. Il se démit de ses fonctions lorsque le Sud passa aux mains de l’étranger, et se retira à Cần Thơ. Un jour, il se rendit à Saigon. Il se promenait dans le parc en face de la Mairie lorsqu’il apperçut Tôn Thọ Tường sur une voiture qui se dirigeait de son côté. Il se hâta de se cacher derrière un arbre pour éviter tôn, mais celui-ci l’avait déjà aperçu et vint le saluer cordialement. Forcé de répondre à ce salut, il s’en tira par un impromtu :

Cừu mã năm ba bạn cặp kè,

Duyên đâu giải cấu khéo đè ne !

Đã cam bít mặt cùng trời đất,

Đâu dám nghiêng mình với ngựa xe !

Hớn hở, trẻ dong đường dặm liễu.

Thẫn thờ, già náu cội cây hòe.

Núp nom cũng hổ, chào thêm hổ,

Thà ẩn non cao chẳng biết nghe.

(Giai thoại làng Nho I, p.51)

Vous qui nagez en pleine prospérité avec vos compagnons,

Quel bon vent vous amène auprès de moi ?

Moi qui me suis résigné à me cacher du ciel et de la terre,

Comment oserais-je me présenter devant vos équipages ?

Encore jeune, vous vous baladez joyeusement sur le chemin des saules1,

Déjà vieux, je m’abrite mélancoliquement près d’un séné 2.

Confus de me cacher, et plus confus encore de vous saluer,

Je ferais mieux d’aller me réfugier dans les hautes montagnes.

Tôn, quoique mécontent de l’attitude dédaigneuse de son ami, ne put s’empêcher d’admirer sa manière élégante de répondre à un salut par un poème. C’étaient bien là des habitudes de lettré ! Et puis, tout compte fait, il était plus facile d’exprimer des sentiments délicats par un poème que par des paroles. Et les sentiments des deux anciens amis, maintenant dans des camps opposés, n’étaient pas faciles à exprimer. Aussi Tôn s’empressa-t-il de répondre à l’impromptu de son ami un autre impromptu :

Tình cờ gặp gỡ bạn tiền liêu,

Thi phú ngâm nga hứng gió chiều.

Thế cục đổi dời càng lắm lắm,

Thiên cơ mầu nhiệm hãy nhiều nhiều.

Nước non dường ấy, tình dường ấy,

Xe ngựa bao nhiêu, bụi bấy nhiêu !

Hăng hái nhạc Tây, hơi thổi mạnh,

Nghe qua, ngùi nhớ giọng tiêu thiều.

(Op. cit. , p.52)

Le hasard me fait rencontrer un collègue de l’ancien temps,

Et nous amène à réciter des vers dans le vent du soir.

La situation du monde a beaucoup changé,

Et les voies du Destin sont impénétrables.

Mais quelles que soient les vicissitudes du pays, mon sentiment est resté tel quel,

Et plus ma voiture roule, plus elle se couvre de poussière 1.

Ecoutez cette musique occidentale qui rententit 2:

Ne savez-vous pas qu’elle me fait penser à nos anciens hymnes ?

En somme, la “querelle” engagée entre Tôn Thọ Tường et Huỳnh Mẫn Đạt était restée dans les limites de la courtoisie. Elle devint plus sérieuse lorsqu’entra en scène Phan Văn Trị (1830-1910). Celui-ci fut reçu licencié en 1849, mais dédaigneux des honneurs, il préférait vivre de ses métiers de médecin et de maître d’école. Après la perte du Sud, il vint se réfugier à Vĩnh Long auprès de Huỳnh Mẫn Đạt et de Nguyễn Đình Chiểu pour prêcher la non-collaboration avec les autorités occupants.

Tôn Thọ Tường qui était torturé par le dédain que lui manifestaient ses anciens amis, voulut se justifier dans dix poèmes où il expliquait sa conduite. A ces dix poèmes, Phan Văn Trị répondit par dix autres composés sur les même rimes. Il serait trop long de citer vingt poèmes ; nous nous contenterons d’en reproduire quelques uns.

Bài xuớng 1.

Giang san ba tỉnh hãy còn đây,

Trời đất xui chi đến nỗi này ?

Chớp nhoáng thẳng bon dây thép kéo,

Mây tuôn đen kịt khói tầu bay.

Xăn văn thầm tính, thương đòi chỗ,

Khấp khởi riêng lo, biết những ngày.

Miệng cọp hàm rồng chưa dễ chọc,

Khuyên đàn con trẻ chớ thày lay !

(Op. cit. , p.165)

Poème No.1 de Tôn

Les trois provinces perdues, mais elles sont toujours là.

Pourquoi faut-il que nous soyons acculés à cette situations ?

Etincellants, les fils télégraphiques s’étirent à pertes de vue,

Et la fumée des trains s’échappe en nuage noirs 1.

En silence, je plains notre peuple qui souffre ;

A part moi, j’ai prévu les présents évènements.

La gueule du tigre et la mâchoire du dragon ne sauraient être irritées impunément ;

Que les petits enfants ne s’amusent pas à les affronter follement !

Bài họa

Hơn thua chưa quyết đó cùng đây,

Chẳng đã, nên ta mới thế này.

Bến Nghé quản bao cơn lửa cháy,

Cồn Rồng dầu mặc bụi tro bay.

Nuôi muông giết thỏ còn chờ thuở,

Bủa lưới săn nai cũng có ngày.

Đừng mượn hơi hùm rung nát khỉ,

Lòng ta sắt đá há lung lay !

(Op. cit. , p.166)

Réponse de Phan

La victoire n’est définitive ni de ce côté, ni de l’autre,

Quoique, à contre-cœur, nous ayons été acculés à cette situation.

Tant pis si le débarcadère du Buffletin 1 fut maintes fois dévoré par le feu,

Et si sur le bans de sable du Dragon 2 tout a été réduit en cendres.

Nous dressons des chiens qui égorgeront les lapons le moment venu

Et nous tendons des filets pour capturer les daims un de ces jours 3.

Ne prenez donc pas la voix du tigre pour effrayer les singes,

Notre cœur, ferme comme le fer et la pierre, n’en tremblera pas.

A Tôn qui surestima la puissance de l’envahisseur pour justifier sa soumission, Phan répondit par une invitation à examiner la situation plus calmement. Oui, les maux de la guerre étaient terribles, mais il fallait les accepter stoïquement, en attendant des jours meilleurs. En tout cas, il ne seyait point à Tôn d’exagérer les choses pour tenter d’effrayer les résistants qui méprisaient sa couardise.

1 Ancien débarcadère du port de saigon.

2 Dans la province de Mỹ Tho

3 C’est-à-dire : malgré nos revers présents, nous continuons à préparer la revanche pour plus tard.

Bài xuớng II

Thày lay lại chuốc lấy danh nhơ,

Ai mượn mình lo việc bá vơ ?

Trẻ dại, giếng sâu, lòng chẳng nỡ,

Đường xa, ngày tối, tuổi không chờ.

Áo xiêm chán thấy xăn tay thợ,

Xe ngựa nào toan gỡ nuớc cờ.

Rủi rủi may may đâu đã chắc ?

Miệng lằn lưỡi mối hãy tai ngơ !

(Op. cit. , p.166)

Poème n0 2 de Tôn

En agissant follement, ils ne recueilleraient que le déshonneur,

Et qui les a chargés de s’occuper des affaires qui ne les regardent pas ?

Quant à moi, je ne puis regarder sans pitié des gosses stupides tomber dans un puits profond.

Et puis, la route est trop longue alors que le jour baisse déjà; l’âge ne nous attend plus 1.

N’avez-vous pas vu des gens portant des coustumes de cour retrousser leurs manches

Et des gens roulant carrosse s’épuiser vainement à sauver la partie d’échecs déjà compromise 2

Il est trop imprudent de compter sur le hasard pour vaincre.

Fermez donc vos oreilles aux provocations des margouillats et des lézards 3.

Bài họa

Lung lay lòng sắt đã mang nhơ,

Chẳng xét phận mình khéo nói vơ !

Người trí mảng lo danh chẳng chói,

Đứa ngu mới sợ tuổi không chờ.

Bài hòa đã sẵn in tay thợ,

Việc đánh hơn thua giống cuộc cờ.

Chưa trả thù nhà đền nợ nước,

Dám đâu mắt lấp lại tai ngơ !

(Op. cit. , p.167)

Réponse de Phan

C’est vous qui en voulant décourager nos coeurs de fer vous êtes déshonoré,

Vous qui, négligeant de faire votre examen de conscience, avez parlé à tort et à travers.

Le sage ne songe qu’à laisser un nom éclatant,

Et seul le stupide a peur que l’âge ne l’attende pas.

La paix, que vous préparez activement ne peut signifier que défaite,

Mais la guerre a ses chances, comme une partie d’échecs.

Tant que nous n’aurons pas fait notre devoir envers la patrie,

Comment pourrions-nous à ses malheurs fermer nos yeux et nos oreilles ?

A Tôn qui prédit le déshonneur de la défaite aux imprudents résistants, Phan répondit très justement que le déshonneur frappe le couard qui n’ose pas faire son devoir, et non le héros qui meurt en défendant sa cause. Dans la conception des lettrés, en effet, le mérite du héros ne se mesure pas d’après ses triomphes ou ses revers (anh hùng bất luận thành bại).

Bài xuớng III

Tai ngơ mắt lấp buổi tan tành,

Nghĩ việc đời thêm hổ việc mình.

Nghi ngút tro tàn nhà đạo nghĩa

Lờ mờ bụi đóng cửa trâm anh.

Hai bên vai gánh ba giềng nặng,

Trăm tạ chuông treo một sợi mành.

Trâu ngựa dầu kêu, kêu cũng chịu,

Thân còn chẳng kể, kể chi danh !

(Op. cit. , p.167)

Poème N0 3 de Tôn

Fermant les yeux et les oreilles lorsque tout tombe en ruines,

Je suis plein du confusion en pensant aux affaires du pays et plus encore aux miennes.

En volutes denses, les cendres s’élèvent du temple des principes moraux ;

En couches indistinctes, la poussière recouvre les portes des demeures aristocratiques.

Sur mes deux épaules pèsent les trois lourdes fondations de la société 1

Tandis que le sort du pays est périlleux comme une cloche de cent quintaux suspendue à un fil ténu.

Qu’on me qualifie de buffle ou de cheval, j’y souscris volontiers

Car, ayant fait le sacrifice de ma personne, que m’importe ce qu’on dira de mon honneur ?

Dans ce poème, on saisit tout le drame douloureux qui tourmentait Tôn Thọ Tuờng. A son avis, la résistance à l’envahisseur étranger est vouée d’avance à l’échec et ne peut aboutir qu’à un carnage inutile. Pour défendre la population dans une société où l’ordre ne règne pas encore, le devoir du sage et du descendant d’une famille aristocratique est de collaborer franchement avec l’ennemi, bien que cette conduite puisse être qualifiée de trahison. Tôn accepte ce sacrifice douloureux de son honneur pour épargner à sa patrie des malheux affreux.

Bài họa

Tai ngơ sao được lúc tan tành,

Luống biết trách nguời chẳng trách mình.

Đến thế còn khoe danh đạo nghĩa,

Như vầy cũng gọi cửa trâm anh.

Khe sâu vụng tính dung thuyền nhỏ,

Chông nặng to gan buộc chỉ mành.

Thân có, ắt danh tua phải có,

Khuyên ngời ái trọng cái thân danh.

(Op. cit. , p.168)

Réponse de Phan

Comment fermer les oreilles lorsque tout tombe en ruines ?

Vous ne savez que faire des reproches aux autres, et pas à vous même.

Et vous osez encore vous vanter de suivre les principes moraux,

Et de descendre d’une famille aristocratique !

Ayant imprudemment laissé la petite barque s’engager dans un torrent profond,

Nous devons accepter la responsabilité de suspendre la lourde cloche à un fil ténu 1

Vous dites de faire conjointement le sacrifice de votre personne et de votre honneur,

Mais nous vous conseillons d’aimer et de respecter et votre personne et votre honneur.

Tôn Thọ Tường a prétendu que pour sauver la patrie il était prêt à faire le sacrifice de sa personne et à plus forte raison de son honneur. Malheureux, soit. Traître, soit. Mais au moins il a rendu service à son pays.

Phan Văn Trị a vite fait de dénoncer le défaut de ce raisonnement spécieux. Ce n’est pas en se déshonorant qu’on peut sauver la patrie, mais en maintenant intact son propre honneur. Et il conseille malicieusement à son adversaire d’aimer et sa personne et son honneur que celui-ci semble vouloir rejeter trop légèrement.

Nous pouvons arrêter ici le récit de cette polémique, et sincèrement plaindre Tôn Thọ Tường qui y fut perdant dès le premier match bien que ses contemporains dussent reconnaître sa parfaite dignité : jamais il n’a eu un mot de flatterie servile pour ses maîtres, ni de dénigrement injuste pour ses adversaires. Quoiqu’il en fut, cette polémique littéraire, restée courtoise malgré le choc violent des idées et des sentiments, nous donne une idée élevée de la société d’autrefois (pas tellement lointaine !) où nos ancêtres savaient aimer et hair mais en laissant toujours flotter sur leurs lèvres un sourire poli. Les hommes de notre génération auraient-ils dégéné en se renvoyant mutuellement, par la radio et les journaux, des flots d’injures ordurières ?


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1 Emblème de la virilité masculine.

2 Hán (Han 漢) : une dynastie chinoise. L’auteur veut dire que les costumes traditionnels du VN indépendant ont changé de mode au contact de la civilisation française.

1 Il y a dans ces deux vers un jeu de mots subtil. Le bambou est l’emblème du sage parce que sa tige est droite. D’autre part, le mot tòng signifie : suivre, au gré de, et aussi : pin, emblème du héros à cause de sa rigidité. Quân tử trúc du 3è vers s’oppose à trượng phu tòng du 4è. L’auteur s’attribue ainsi les qualifications de sage et de héros du bambou et du pin.

2 La capitale Huế, où siégeait l’empereur, étant au Nord par rapport à l’endroit où l’auteur fut supplicié.

1 Doubles sens. Au propre, l’allée où se promenait Tôn Thọ Tuờng. Au figuré, la carrière mandarinale.

2 Double sens également. Au sens propre, le poète s’est caché derrière un arbre pour éviter son ami. Mais le poète a voulu également faire allusion à la légende selon laquelle un homme, endormi au pied d’un séné, aurait vu s’écouler sa vie entière dans un songe, vie mouvementée où il aurait été successivement général victorieux, premier ministre favori de l’empereur, puis disgracié.

1 Le poète voulut dire que malgré les apparences, on se tromperait en croyant qu’il était heureux.

2 Les deux amis étaient dans un parc où venaient chaque après-midi jouer les musiciens militaires pour divertir la population de Saigon. Cette musique militaire était le symbole de l’occupation française.

1 Symbole de la puissance française, à laquelle il serait imprudent de s’attaquer.

1 Citation littéraire : Nhật mộ độ viên (Le soir est tombé alors que la route à parcourir est encore longue) pour dire que la tâche de sauver la patrie contre l’invasion étrangère est trop difficile, et qu’il n’est plus temps de la réaliser.

2 Même les grandes mandarins ont échoué dans cette entreprise, et à plus forte raison les petites gens.

3 Ce terme désigne les résistants, qui voudraient exciter le peuple à la révolte.

1 Les trois institutions sur les quelles reposait la société antique : la fidélité au prince, la piété filiale et l’amour conjugal.

1 Le salut de l’Etat ayant été compromis par de nombreuses fautes commises, nous devons courir le risque de lutter même avec de très faible chances de succès.

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