Chapitre VIII: Les Chansons Speciales

21 Tháng Năm 201412:42 SA(Xem: 3478)

Dans ce chapitre nous groupons un certain nombre de chansons à caractère un peu spécial.

 

 

Ce sont d’abord les chansons d’enfants (đồng dao), dont l’expression volontairement puérile est conçue à l’image du monde des petits.

 

 

Ce sont ensuite les berceuses (ru em), chantée par les mères, les soeurs ou les nourrices avec un accent de mélancolie indicible.

 

 

En troisième lieu, nous avons les devinettes (hát đố), où se donne libre cours l’ingéniosité de l’esprit vietnamien.

 

 

Enfin, dans les tournois de chant (hát thi) qui sont organisés dans les fêtes de village, à la fête de la mi-automne, et même au cours de toute l’année, chaque fois qu’il y a clair de lune, les deux camps, jeunes gens et jeunes filles, improvisent des chansons pour se poser des questions embarraseantes, ou pour se faire des déclarations d’amour.

 

 

Section I : LES CHANSONS D’ENFANTS

 

 

On peut distinguer dans les chansons d’enfants quatre catégories :

 

 

- les chansons servant à scander certains jeux : danse, colin-maillard, saut à la corde, etc ,

- les chansons débitées par les enfants en guise de compliments,

- les chansons naïves, faites pour amuser les enfants,


- et enfin, les fables et les chansons faussement naïves, à rendance satirique, pour railler les vices de la société ou pour enseigner la morale.

 

 

Chansons servant à scander certains jeux :

311. Con vỏi con voi

Cái vòi đi trước

Hai chân trước đi trước Hai chân sau đi sau Cái đuôi đi sau rốt. Tôi xin kể nốt

Cái chuyện con voi Con vỏi con voi Cái vòi đi trước

. . . . . . .

L’élé, l’éléphant

Marche, la trompe en avant, Ses deux pattes de devant, devant

Ses deux pattes de derrière, derrière

Et sa queuse à la fin dernière.

Je continue

L’histoire de l’éléphant : L’élé, l’éléphant

Marche, la trompe en avant

. . . . .

 

 

La chanson peut se dérouler indéfiniment. Elle sert à scander les danses d’enfants.

 

 

312. Nu na nu nống Cái cống nằm trong Cái ong nằm ngoài, Củ khoai chấm mật Phật ngồi Phật khóc Con cóc nhẩy ra

Con gà ú ụ Nhà mụ thổi xôi Nhà tôi nấu chè


Có chân thì rụt !

Chantons à la ronde !

Le gros rat est couché en dedans.

Au dehors sont l’abeille

Et le tubercule de patate trempé de miel.

Le Bouddha s’assied, il pleure, Le crapaud saute dehors,

La poule glouse,

Vous confectionnez du riz gluant Nous préparons du potage sucré. Qu’elle soit repliée, cette jambe !

 

 

Cette chanson est utilisée dans le jeu suivant : Plusieurs enfants sont assis en rond, les jambes étendues vers le centre. L’un d’entre eux chante, en scandant chaque mot d’une légère tape sur les jambes. Celle touchée à la fin du couplet doit se replier. Et le jeu recommence avec une jambe en moins, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une.

 

 

Voici une variante, utilisée dans le coli-maillard. Les enfants s’assem- blent, mais restent debout, et le chanteur tape en cadence sur la tête de ses camarades. Celui qui est touché le dernier est désigné pour faire le chasseur.

313. Thả đỉa ba ba Chớ bắt đàn bà Phải tội đàn ông

Cơm trắng như bông

Gạo thuyền như nước Đổ mắm, đổ muối Đổ chuối, hạt tiêu Đổ niêu cứt gà

Đổ phải nhà nào

Nhà ấy phải chịu.

Au large, les sangsues et les tortues !

N’arrêtez pas les femmes Pour ne pas inculper les hommes. Le riz est aussi blanc que le coton Et abondant comme de l’eau.

Je verse de la saumure, du sel,


Des bananes, du poivre,

Une marmite de crotin de poule.

Que la maison qui en recoit

Le subisse !

 

 

On remarquera que ces chansons sont incohérentes et ne veulent rien dire. Il est probable qu’à l’origine elles avaient un certain sens. Mais à la longue, elles se sont tellement déformées qu’il est impossible d’en découvrir la signification première.

 

 

Chansons-compliments :

314. Súc sắc ! Súc sẻ ! Nhà nào còn đèn còn lửa

Mở cửa cho anh em chúng tôi vào.

Bước lên giường cao

Thấy đôi rồng ấp Bước xuống giường thấp Thấy đôi rồng chầu

Bước ra đằng sau Thấy nhà ngói lợp Voi ông còn buộc Ngựa ông còn cầm Ông sống một trăm Thêm năm tuổi lẻ Vợ ông sinh đẻ Những con tốt lành

Những con như tranh

Những con như vẽ

Xin ông bà cho anh em chúng tôi một tràng pháo !

 

 

Toc tac ! Toc tac !

Que les maisons qui ont encore les lampes allumés

Nous ouvrent et nous laissent entrer !

Sur le lit supérieur

Nous voyons deux dragons en couvée, Sur le lit inférieur

Deux dragons face à face.


Derrière votre appartement Une maison de tuiles couverte, Où votre éléphant est enchainé Et votre cheval enfermé.

Vous vivez jusqu’à cent ans

Et cinq en plus.

Votre femme mettra au monde

De beaux enfants Beaux comme des estampes Ou comme des peintures.

Donnez-nous, s’il vous plait, un paquet de pétards !

 

 

Dans la dernière nuit de l’année, des enfants pauvres avaient l’habitude d’aller de porte en porte présenter leur compliments de nouvel an, en frappant en cadence le sol d’une tige de bambou enfermant quelques sapèques de cuivre pour produire l’omomatopée caractéristique : súc sắc, súc sẻ. Dans cette chanson, ils souhaitaient richesse, longévité et fécondité. Et ceux à qui ils adressaient ces vœux leur donnaient, en guise de pétards, de l’argent.

 

 


Chansons naives :


 

315. Con chim mày ở trên cây


Tao đứng dưới gốc mày bay đằng nào ?

Oiseau qui perches sur l’arbres

Où pourras-tu t’envoler si je reste à son pied ?

 

 

316. Cái kiến mày ở trong nhà

Tao đóng cửa lại mày ra đằng nào ?

Con cá mày lội dưới ao

Tao tát nước vào mày chạy đằng mô ?

Fourmi qui est dans la maison

Si je ferme la porte, par où sortiras-tu ?

Poisson qui nages dans l’étang,

Si j’y verse de l’eau, où pourras-tu courir ?

 

 

317. Cào cào giã gạo tao xem, Tao may áo đỏ áo đen cho mày. Sauterelle, pile du riz,


Et je confectionnerai des habits rouges et noirs pour te vêtir.

 

 

318. Thằng Cuội ngồi gốc cây đa, Để trâu ăn lúa gọi cha ời ời, Cha còn cắt cỏ trên trời.

Mẹ còn cưỡi ngựa đi chơi cầu vồng.

Le menteur Caillou, assis au pied d’un banian,

En voyant ses buffles brouter des épis de riz, appelle ses parents au secours.

Mais son père est occupé à couper de l’herbe au ciel,

Et sa mère se promène à cheval sur le pont de l’arc-en-ciel.

 

 

En Vietnamien Cuội signifie à la fois caillou et fieffé menteur. L’imagination populaire le voit assis au pied d’un banian, sur la face ronde de la lune.

Chansons satiriques et faibles : Contre les gens stupides :

319. Thằng bờm có cái quạt mo Phú ông xin đổi ba bò chín trâu. Bờm rằng bờm chẳng lấy trâu, Phú ông xin đổi ao sâu cá mè. Bờm rằng bờm chẳng lấy mè,

Phú ông xin đổi một bè gỗ lim. Bờm rằng Bờm chẳng lấy lim,

Phú ông xin đổi con chim đồi mồi

Bờm rằng Bờm chẳng lấy mồi. Phú ông xin đổi nắm xôi, Bờm cười.

Le stupide à la houppe a un éventail fait d’une spathe d’aréquier

Contre lequel le richard voudrait échanger trois boeufs et neuf buffles

- Non, répond le stupide, je ne veux pas le buffle.

- Un étang profond plein de tanches, alors ?

- Pas de tanches, je n’en veux pas

- Alors un radeau de bois de fer ?

- Nenni.

- Un bel oiseau au plumage de nacre ?

- Non plus.


- Une boule de riz gluant ? Le stupide accepte en riant.

 

 

Contre les gens indécis :

320. Cái kiến mày đậu cành đào Leo phải cành cọc, leo vào leo ra. Cái kiến mày đậu cành đa

Leo phải cành cọc, leo ra leo vào.

La fourmi qui se pose sur une branche de pêcher, Rencontrant une branche sèche, ne sait si elle doit rentrer ou sortir. La fourmi qui se pose sur une branche de banian,

Rencontrant une branche sèche, ne sait si elle doit sortir ou rentrer.

 

 

Cette chanson sert à railler l’homme indécis qui, placé devant un dilemne, ne sait quelle solution choisir. Autrement dit, l’âne de Buridan.

 

 


Leçon aux petites filles :


 

321. Chè la chè lẩy Con gái bẩy nghề Ngồi lê là một

Dựa cột là hai

Ăn khoai là ba Ăn quà là bốn Trốn việc là năm Hay nằm là sáu Láu táu là bẩy. Tonton, mironton,

Les filles ont septs péchés : S’asseoir partout : un !


S’appuyer sur les colonnes : deux !

Manger des patates : trois ! Engloutir des friandises : quatre ! Esquiver le travail : cinq !

Se coucher n’importe quand : six !

Agir avec précipitation : sept !

 

 

Eloge des gens intègres :

322. Con cò mò đi ăn đêm


Đậu phải cành mềm lộn cổ xuống ao.

Ông ơi ông vớt tôi nao

Tôi có lòng nào, ông hãy xáo măng.

Có xáo thì xáo nước trong

Đừng xáo nước đục đau lòng cò con.

La petite cigogne va chercher sa nourriture nuitamment, Elle trébuche sur une branche grêle, et tombe dans l’étang.

- Monsieur, crie-t-elle, veuillez me sauver,

Ou si je suis coupable, faites-moi cuire avec de pousses de bambou.

Employez, je vous prie, de l’eau bien claire,

Mais n’employez pas de l’eau trouble, qui me ferait de la peine.

 

 

La cigogne, au plumage tout blanc, représente l’homme pur, intègre. Jusqu’à sa mort, la cigogne désire être cuite avec de l’eau claire, comme l’homme pur préfère mourir plutôt que de chercher son salut dans des misérables compromissions.

 

 

Pour stigmatiser les gens méchants :

323. Con mèo mày chèo cây cau

Hỏi thăm chú chuột đi đâu vắng nhà.

- Chú chuột đi chợ đàng xa

Mua mắm mua muối giỗ cha con mèo.

Le chat grimpe sur l’aréquier

Et s’enquiert des nouvelles du rat.

- Le rat est allé dans un marché lointain

Acheter de la saumure et du sel pour célébrer l’anniversaire de ton père !

 

 

Il s’agit probablement d’un débiteur qui a composé cette chanson pour insulter son créancier rapace.

 

 

Section II : LES BERCEUSES

 

 

Dans les préceptes de morale nous avons déjà rencontré un certain nombre de chansons affectant la forme de berceuses. En voici quelques autres

:

 

 

324. Cái ngủ mày ngủ cho lâu


Mẹ mày đi cấy ruộng sâu chưa về.

Cái ngủ mày ngủ cho say

Mẹ mày vất vả chân tay tối ngày.

Dors, mon enfant, dors longtemps,

Car ta mère qui est allée repiquer des plants de riz n’est pas revenue.

Dors, mon enfant, dors profondément,

Car ta mère doit peiner dur du matin jusqu’au soir.

 

 

325. Gió mùa thu mẹ ru con ngủ

Năm canh chầy thức đủ năm canh.

Tandis que souffle le vent d’automne, je berce mon enfant

En restant éveillée durant les cinq veilles de la nuit.

 

 

326. Em ơi đừng khóc chị yêu, Nín đi chị kể chuyện Kiều em nghe. Ô frérot, ne pleure plus, et je t’aimerai, Et je te conterai l’histoire de Thúy Kiều.

 

 

Pour sentir la mélancolie puissante qui se dégage de ces berceuses, il faut les écouter par une après-midi d’été, quand la nature entière semble assoupie sous l’accablante chaleur du soleil, ou par une nuit d’hiver, lorsque la campagne est enveloppée dans son manteau d’obscurité et de froidure. On a alors irrésistiblement l’impression que ces berceuses qui s’échappent d’une pauvre chaumière évoquent l’âme immortelle du sol natal, cette âme humble, continuellement opprimée mais toujours courageuse, qui chante ses tristesses et ses espoirs.

 

 

 

 

Section III : LES DEVINETTES

 

 

Le Vietnamien s’amuse aux devinettes comme les Occidentaux aux mots croisés. Dans l’un et l’autre cas, il s’agit de deviner l’objet d’une définition volontairement simplifiée, n’en retenant que les traits caractéristiques et si possible inattendus.

 

 


Par exemple :


 

327. Mình tròn, lưng khỏng khòng khong,


Làm cho con gái phải lòng tả tơi.

Ông sư có biết cái khỏng khòng khong là gì ?

Son corps est arrondi, son dos est courbe,

Et toutes les jeunes filles en sont éperdument amoureuses, Mais le bonze n’en a cure.

 

 

C’est le peigne à dos arrondi, cher aux jeunes filles, mais parfaitement inutile aux bonzes qui ont le crâne rasé.

 

 

Le plus souvent, pour piquer l’intérêt, on personnifie les objets :

328. Năm thằng cầm hai cái sào Đuổi đàn trâu trắng đi vào trong hang. Cinq gosses, armés de deux perches,

Poussent le troupeau de buffles blancs dans la grotte.

 

 

Ce sont les cinq doigts qui tiennent deux baguettes. Les buffles blancs sont les grains de riz, et la grotte représente la bouche.

 

 

Parfois, on a recours à un moyen pas très élégant, mais d’un effet irrésistiblement comique, qui consiste à définir un objet parfaitement innocent par des termes grossiers ou même obscènes.

 

 


Par exemple :


 

329. Ăn đằng đít, ỉa đằng lưng,

Động mó đến sừng thì ỉa cứt ra.

Il mange par son anus, et expulse par son dos.


Si l’on touche à ses cornes, il rejette ses excréments.

 

 

Qu’est-ce ? Je vous le donne en mille. Vous ne saisissez pas ? Mais c’est tout simplement le rabot qui grignote le bois par sa face inférieure, et qui en rejette les copeaux par sa face supérieure.

 

 

Et celle-ci, qui pourrait faire rougir de pudeur les jeunes filles :

330. Khi xưa em trắng như ngà

Vì chàng quân tử em đà hóa thâm

Trách chàng quân tử vô tâm,

Chàng đánh chàng đập, chàng lại còn nằm với tôi.


Jadis, j’étais blanche comme de l’ivoire ; A cause de vous, je me suis enlaidie. Combien je vous en veux, mon cher,

De me frapper souvent, puis de vous coucher avec moi !

 

 

C’est la natte, qui est blanche lorsqu’elle est neuve et qui noircit à force d’être usée. On la frappe de temps en temps pour l’épousseter.

 

 

Un autre moyen pour corser la difficulté, c’est de faire des jeux de mots, c’est- à-dire d’employer un mot à double sens. Exemple :

331. Ngả lưng cho thế gian nhờ

Vừa êm, vừa ấm, lại ngờ bất trung.

Je m’étends pour me mettre au service de tout le monde.

A la fois doux et tiède, je suis pourtant suspecté de trahison.

 

 

C’est le lit en bois (phản). En effet phản signifie aussi trahison. Comme ces jeux de mots sont incompréhensibles pour le lecteur étranger, nous nous bornerons à donner cette seule devinette à titre d’exemple.

 

 

Et maintenant, voici une série de devinettes qui ne renferment pas de jeu de mots. Si cela vous amuse, exercez-vous à les deviner, avant d’en chercher les réponses à la fin de cette section.

332. Anh ngồi đâu, em cũng ngồi chầu Anh yêu em, anh mớm quết trầu cho em. Où vous vous asseyez, je m’assieds.

Et vous m’aimez tant que vous me donnez des becqués de bétel.

 

 

333. Có cổ mà không có đầu,

Hai chân thì ngắn, hai chân sau thì dài.

Un col, mais pas de tête ;

Les deux pattes antérieures sont courtes, alors que les deux postérieures sont longues.

 

 

 

 

334. Một đàn cò trắng phau phau, Ăn no tắm mát rủ nhau đi nằm. Pareilles à une troupe de blanches cigognes,


Elles vont se reposer après avoir bien mangé et pris un bain frais.

 

 

335. Nhà xanh lại đóng đố xanh, Giữa đỗ trồng hành, thả lợn vào trong. Verte est la maison, vertes aussi les cloisons ;

Au milieu des haricots on a planté des oignons et élevé des porcs.

 

 

336. Sông không đến, bến không vào, Lơ lửng giữa trời, làm sao có nước ? Aucun fleuve n’y arrive, ni aucun débarcadère ;

Il reste suspendu au milieu du ciel, et renferme pourtant de l’eau.

 

 

337. Bộ tịch quan anh xấu lạ lùng

Khom lưng, uốn gối, cả đời cong.

Lưỡi to mà sức ăn ra khoét,

Cái kiếp theo đuôi có thẹn không ?

Que vous êtes laid, mon cher !

Vous avez l’échine courbe, les genoux repliés, La langue forte, un appétit insatiable.

Mais n’avez-vous point de honte de marcher toujours derrière les autres ?

 

 

338. Bốn ông đập đất Một ông phất cờ, Một ông vơ cỏ,

Một ông bỏ phân.

Quatre messieurs battent la terre, Un autre agite le drapeau,

Un ramasse de l’herbe, Et un répand du fumier.

 

 

339. Bốn bên thành lũy, không thấp không cao, Có sông, có nước, cá chẳng vào.

Voi đi đến đấy dừng chân lại, Bây giờ binh sĩ luận làm sao ?

Aux quatres côtés, des citadelles ni basses ni élevées, Séparées par un fleuve où ne vit aucun poisson.

L’éléphant y va, mais doit s’y arrêter.


Que vont décider les soldats maintenant ?

 

 

340. Sớm đi bốn chân, Trưa đi hai chân, Chiều đi ba chân, Tối đi tám chân.

Le matin, il marche à quatre pieds, A deux quand arrive midi,

A trois le soir,

Et à huit quand la nuit tombe.

 

 

332. C’est le crachoir, qui accompagne partout le chiqueur de bétel qui y crache sa salive rougie.

333. C’est le couvre-sein, formé d’une pièce de tissu trapézoide, attaché au cou par deux rubans, et à la taille par deux autres plus longs.

334. Ce sont des bols en porcelaine blanche, qui sont lavés après le repas et rangés contre le mur.

335. C’est le bánh trưng, gâteau de riz gluant. L’enveloppe en est formée par des feuilles vertes. Au milieu du gâteau, il y a une petite masse de haricots

broyés, mélangés d’oignons et de viande de porc.

336. La noix de coco.

337. C’est la charrue, dont les lignes sont courbes. La langue, c’est le soc qui brise inlassablement les mottes de terre. D’autre part, le fait que la charrue suit toujours le buffle a donné lieu à une réflexion morale.

338. C’est le buffle avec ses quatre pattes, sa queue, sa bouche et son derrière.

339. C’est le jeu d’échecs. Les deux camps sont en effet séparés par un espace blanc, appelé fleuve, que peuvent franchir tous les pions, sauf le

général, ses deux conseillers et les deux éléphants.

340. C’est l’homme, qui rampe dans son enfance, marche dans sa jeunesse, s’appuie sur un bâton dans la vieillesse, et est mis dans un cerceuil porté par quatre porteurs (huit pieds) lorsqu’il meurt.

 

 

 

 

 

 

Section IV : LES TOURNOIS DE CHANT


La langue vietnamienne, monosyllabrique et dont chaque son peut être émis en six ton différents (un ton neutre et cinq tons pourvus de signes) :

Sắc : aigu (á) Huyền : grave (à)

Hỏi : Interrogatif () Ngã : renversé (ã)

Nặng : lourd ()

se prête merveilleusement à la musique et à la versification. En fait, n’importe quel Vietnamien peut facilement improviser quelques vers et les chanter. C’est ce qui explique pourquoi les tournois de chant sont si en faveur

dans nos campagnes. Entre jeunes gens et jeunes filles surtout, les déclarations

d’amour ou les disputes amoureuses s’expriment plus facilement par des chansons que par de la prose. La chanson permet en effet de faire des allusions indirectes ou indiscrètes que la bien-séance interdit au langage ordinaire.

 

 

Comme nous l’avons exposé précédémment, les chansons peuvent être chantées suivant des airs très variés, selon les régions : barcarolles, hát quan họ, hát trống quân, etc. Leur thème favori est naturellement l’amour, et la forme qu’elles prennent habituellement, au moins au début de chaque séance, est celle des devinettes. Puis, lorsque les deux chanteurs se sont fait connais- sance suffisamment, arrivent les déclarations d’amour, les complaintes du mal d’amour, les promesses de mariage, les disputes amoureuses, etc. Tout cela, nous l’avons vu déjà, et nous nous bornerons ici à reproduire quelques chansons qui servent habituellement d’introduction aux tournois de chant. Mais, nous le répétons et nous y insistons, les chansons pour la plupart improvisées au cours de chaque tournois, suivant des canevas connus par coeur, bien entendu, mais auxquels les chanteurs habiles savent donner des modifications plus ou moins étendues selon les circonstances.

 

 

Supposez donc que vous assistez à l’un de ces tournois de chant. Il fait un clair de lune magnifique. Le théâtre est soit la pleine campagne où l’on va irriguer les rizières en temps de sécheresse, soit une cour de ferme où l’on bat les épis de paddy après la récolte, soit le temple communal au cours d’une fête de village. Les jeunes filles sont rangées d’un côté, et les garçons de l’autre. Ils s’observent d’abord prudemment, supputent les forces de leur clan


et celles du clan adverse. Aucun n’ose engager le combat le premier. A la fin, une voix s’élève, claironnante, pour jeter le défi :

341. Ba đồng một trái hồng ngâm Bên ấy không nói thì câm mất mồm. Ba đồng một trái hồng dai

Bên ấy có tài thì cất tiếng lên.

Trois sapèques, c’est le prix d’un kaki tendre ;

Si vous ne parlez pas, c’est que vous avez la bouche cousue.

Trois sapèques, c’est le prix d’un kaki coriace ; Si vous avez du talent, élevez donc votre voix.

 

 

Le combat est engagé. L’autre camp réplique aussitôt, par quelques questions futiles mais embarrassantes :

342. Đố ai biết lúa mấy cây

Biết sông mấy khúc, biết mây mấy từng ?

Đố ai quét sạch lá rừng

Để ta khuyên gió, gió đừng rung cây.

Je vous défie de savoir le nombre des épis de riz Des méandres du fleuve, et des couches de nuages. Je vous défie de balayer les feuilles de la forêt

Pour que je conseille au vent de ne point secouer les arbres.

 

 

343. Đố anh con rít mấy chân

Cầu ô mấy nhịp, chợ Dưng mấy người ?

- Dites-moi, combien le scolopendre a-t-il de pattes ?

Le pont des Corbeaux 1 de travées, et le marché Dưng2 de visiteurs ?

 

 

344. Em ơi !

Em đố chi câu đố ngặt nghèo

Anh đây đố lại : Chớ con mèo có mấy lông ?

Petite soeur,

Pourquoi me posez-vous des questions si ardues ?

 

1 D’après la légende, la Tisserande, fille de l’Empereur Céleste, négligée son travail après qu’elle eut épousé le Bouvier. Pour les punir, l’Empereur Céleste sépara les deux étoiles amoureuses par la Voie lactée, sur laquelle les corbeaux jettent un pont une fois par an (le

7è jour du 7è mois) pour que les deux amoureux puissent se revoir.

2 Le marché Mạc cầu Dưng à Long Xuyên.


Répondez d’abord à celle-ci : Combien le chat a-t-il de poils ?

 

 

On remarquera le caractère saugrenu de ces questions. Celles se rapportant à l’histoire et à la géographie ne valent pas mieux. Au surplus, elles ne servent qu’à introduire les confidences amoureuses, ce que nous savons déjà. Pour en gouter le charme, allez donc nous promener un jour au village de Lim, dans la province de Bắc Ninh, dont les jeunes filles sont réputées pour être les plus jolies du Nord-Vietnam, ou sur la Rivière des Parfums, à Huế, dont les batelières sont capables de vous faire oublier les yeux noirs des stars de Venise .

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