Chapitre III: Observations Sociologiques Et Historico Géographiques

21 Tháng Năm 201412:35 SA(Xem: 2978)

Section.I . US , COUTUMES ET PRÉJUGÉS

 

 

Au sortir de la longue domination chinoise, le Vietnam a adopté d’emblée le système de la monarchie absolue, calqué d’ailleurs sur celui de la Chine. Mais ce qui est resté spécifiquement vietnamien, c’est l’autonomie de la commune, vestige du régime féodal de l’ancien royaume Văn Lang.

 

 

Cette autonomie, illustrée par les proverbes suivants.

226. Chợ có lề

Quê có thói

La cité a ses lois,

La commune a ses coutumes.

 

 

227. Phép vua thua lệ làng

La loi du prince doit céder devant la coutume du village.

s’affirme dans toutes les affaires intérieures de la commune. L’État ne perçoit les impôts et n’ordonne les corvées que par l’intermédiaire de la commune. Bien mieux, les procès civils et même les affaires de police sont uniquement tranchés par les autorités communales sauf recours, en cas de constestation des parties, devant les mandarins.

 

 

Même les honneurs décernés par l’État ne sont reconnus valables qu’après consécration par la commune au moyen d’un banquet offert à tout les gens du village .

228. Vô vọng bất thành quan

Sans banquet de présentation, vous n’êtes pas reconnus mandarin.

 

 

La commune devient ainsi un centre d’intérêt primordial, le lieu géométrique de toutes les ambitions. Le suprême déshonneur est d’y figurer


comme un citoyen blanc (bạch đinh), c’est-à-dire non titré. Dieu sait pourtant combien les titres y pullulent. Sans compter les fonctions légales : lý trưởng (chef de commune), phó lý (sous-chef), Xã đội (chef de la milice), trưởng thôn, trưởng giáp (chef de hameaux), etc, l’on s’est ingénie à créer de multiples groupements professionnels ou simplement honorifiques tels que les Văn Thân (corps des Lettrés), Bô lão (corps des Veillards), etc, qui donnent droit à avoir la parole dans les conseils communaux, et suprême honneur, à figurer dans les cérémonies communales. Beaucoup de ces titres honorifiques, que la commune concède pour alimenter son budget, doivent être achetés très cher. N’importe, on se ruine à plaisir pour les acquérir, comme en fait foi le proverbe suivant :

229. Bán gia tài mua danh phận

Vendre son patrimoine pour acheter des titres honorifiques.

 

 

Compensation ? D’abord, l’on n’est plus irrévérencieusement appelé l’Oncle Second (chú Hai), la Tante Troisième (thím Ba), ou pis encore Père du polisson Tèo (Bố cu Tèo), Mère de la Prostituée Hĩm (Mẹ đĩ Hĩm). Ouvrons ici une courte parenthèse.

 

 

L’usage s’est introduit dans les familles paysannes, et surtout celles où sévit la mortalité infantile, de donner à leurs enfants des noms grossiers (le Polisson, la Prostituée) pour décourager les diables qui pourraient être tentés d’attacher à leur service, c’est-à-dire de les faire mourir, les enfants portant de jolis noms. Au lieu donc d’être ainsi vulgairement désignés, quelle gloire d’être appelés M. le Mandarin Huit (ông Bát), M. l’Académicien (cụ Hàn), M. le Premier Notable du village (cụ Tiên Chỉ), etc. Et puis, quel plaisir de recevoir sa part du porc sacrifié au cours des cérémonies, part proportionnelle bien entendu à l’importance du titre de chacun.

230. Một miếng giữa làng

Bằng sàng xó bếp

Un morceau (de viande) au milieu du village

Vaut un panier plein au coin de la cuisine.

 

 

Les villageois s’efforcent donc de vivre tranquillement à l’abri de leurs haies de bambou, sous la protection du temple communal (đình), et en entrenant le moins de rapports possible avec la machine administrative de l’État. Mais force leur est d’y recourir parfois, à l’occasion d’un procès par


exemple, ou pour solliciter un grade mandarinal. Ces rapports forcés sont très décevants, et surtout très onéreux, comme en font foi les proverbes suivants :

231. Của vào nhà quan như than vào lò

L’argent qui entre chez le mandarin est comme du charbon jeté dans le four.

 

 

232. Quan thì xa, bản nha thì gần

Le mandarin est loin, mais ses clercs sont proches.

(Il est difficile aux administrés de s’adresser au mandarin qui d’ordinaire ne voit et n’entend que par les yeux et les oreilles de ses clercs. La sagesse conseille donc de se concilier les bonnes grâces de ceux-ci par des cadeaux)

 

 

La société d’autrefois acceptait docilement la primauté de la classe des lettrés.

233. Nhất sĩ nhì nông

Au premier rang les lettrés, au second les agriculteurs

(le 3è rang étant occupé par les artisans, et le dernier par les commerçants)

 

 

Cette prééminence de la classe des lettrés dans une société où à peu près le seul moyen d’accéder aux honneurs était constitué par les succès scolaires s’explique aisément. Mais l’esprit pratique et gouailleur du paysan lui fait ajouter :

Hết gạo chạy rông

Nhất nông nhì sĩ

Mais que le riz vienne à manquer et qu’on doive courir partout pour en emprunter,

Les agriculteurs passeront avant les lettrés.

 

 

Le peuple vietnamien, servi par une langue naturellement mélodieuse, est musicien d’instinct. Mais imbu de morale confucéenne, il tenait pour désho- norant le métier d’artiste de théâtre, exposé professionnellement à des gen- tillesses inacceptables pour les filles de bonne éducation.

234. Xướng ca vô loại

Les chanteurs sont des déclassés.

 

 

Pareillement, il ne voyait pas d’un oeil favorable les filles d’auberge, peut-être encore plus exposées que les artistes de théâtre.


235. Mèo lành chẳng ở mả

Ả lành chẳng ở hàng cơm

De même que le bon chat ne fréquente pas les cimetières, La jeune fille bien éduquée ne vit pas dans les auberges.

 

 

Nous ne chercherons ni à justifier ni à condamner ces préjugés d’un temps révolu, nous contenant de faire remarquer qu’ils s’expliquaient par le milieu culturel et économique dans lequel ils prenaient naissance.

 

 

 

 

Section II. CROYANCES RELIGIEUSES ET SUPERTITIEUSES.

 

 

Ce sujet très important sera examiné dans son ensemble quand nous aurons vu les chansons et les contes. Pour le moment, bornons-nous à citer quelques proverbes qui s’y rapportent.

 

 


Des fêtes :


 

236. Tết đến sau lưng

Ông vải thì mừng, con cháu thì lo.

Lorsqu’arrive le Nouvel An


Les ancêtres sont heureux mais leurs descendants tremblent d’inquiétude.

(à cause des dépenses ruineuses dont le Nouvel An était l’occasion).

 

 

237. Đi lễ quanh năm

Không bằng ngày rầm tháng giêng

Faire des prières toute l’année

Ne vaut pas en faire seulement le 15è jour du 1er mois.

 

 

De la croyance à l’influence des tombeaux :

238. Đời trước đắp nấm

Đời sau ấm mồ

Quand la génération précédente a bien édifié les tombeaux des ancêtres

La génération suivante vivra en paix.

 

 

239. Làm quan có mả

Kẻ cả có giòng


Deviennent seulement mandarins ceux dont les aïeux reposent dans des tombes judicieusement placés;

Deviennent seulement illustres ceux qui descendent de nobles ạeux.

 

 

240. Sống về mồ mả

Không sống về cả bát cơm

On vit grâce à l’influence des tombeaux

Et non uniquement grâce au bol de riz.

 

 

Des superstitions :

241. Dù ai buôn bán trăm nghề

Đi ngày con nước trở về tay không

Quelle que soit votre profession,

Si vous partez en voyage le jour du reflux, vous reviendrez les mains vides.

 

 

 

 

Section III. REMARQUES HISTORIQUES OU GÉOGRAPHIQUES

 

 

Rappel de faits historiques :

242. Kỳ nào lúa mọc đòng đòng

Giỗ vua Thái Tổ, Thái Tông mưa rào Le plant de riz deviendra un épi dans sa gaine Lorsqu’arrivera l’anniversaire de Thái Tổ et Thái Tông

en pleine saison des pluies.

(L’anniversaire des deux empereurs Lê Thái Tổ (1428-1433) et Lê Thái Tông (1433-1442) tombe au 8è mois lunaire. C’est à cette époque qu’il pleut à verse et que le jeune plant de riz devient un épi enfermé dans sa gaine ; l’épi mûrira au 10è mois et sera moissonné).

 

 

243. Nước Nam có bốn anh hùng :

Tường gian, Viêm láo, Khiêm khùng, Thuyết ngu

Le Vietnam a quatre héros :

Tường le fourbe, Viêm l’insolent, Khiêm le furieux et Thuyết le borné.

(Ces quatre hauts mandarins vivaient au moment où le Vietnam perdit son indépendance. C’étaient d’abord les deux régents Tôn Thất Thuyết et Nguyễn Văn Tường qui déposèrent ou assassinèrent successivement les empereurs


Dục Đức, Hiệp Hòa et Kiến Phúc. Dans la nuit du 22è jour du 4è mois de Ất Dậu (1885), ils firent attaquer par surprise la Résidence de France à Huế, mais furent vaincus. Tường fit sa soumission aux Français, tandis que Thuyết s’enfuit en Chine.

 

 

Hoàng Kế Viêm était célèbre par son orgueil et son arrogance à l’égard de ses collègues. Il a tenu Sơn Tây contre les Français, mais après l’exode de l’empereur Hàm Nghi, il s’est rallié à l’empereur Đồng Khánh pour combattre les résistants.

 

 

Sur Ông Ích Khiêm, un grand homme de guerre qui a réprimé plusieurs révoltes, on raconte l’annecdote suivante : Un jour, il invita plusieurs grands mandarins de la cour à diner chez lui. Mais du début à la fin du repas, était uniquement servi du chien, accommodé à toutes les sauces. Grand ébahis- sement des invités dont certains ne pouvaient manger de cette viande, et qui en réclamèrent d’autres. Ông Ích Khiêm leur dit alors :

- Oui, Excellences, de la première table jusqu’à la dernière, il n’y a que du chien. Tous des chiens. !

Avouons qu’il n’a pas volé son surnom de fou furieux !

 

 

244. Đầy vua không Khả

Đào mả không Bài

À exiler le roi, Khả n’a pas participé, Ni Bài à violer les tombes royales.

(Ngô Đình Khả, père de l’ex-président Ngô Đình Diệm, s’est opposé à l’exil de l’empereur Thành Thái. Le premier ministre Nguyễn Hữu Bài s’est de même opposé à la violation des tombes royales décidée par le Protectorat

pour rechercher les trésors qui y auraient été enfouis.)

 

 

Particularités régionales :

245. Thứ nhất kinh kỳ

Thứ nhì phố Hiến

Florissante au premier chef est la Capitale

Que suit de près Phố Hiến.

(Phố Hiến était un comptoir commercial établi par les étrangers aux 16è et

17è siècles, près de Hưng Yên. Le commerce y était très prospère. Les seigneurs Trịnh faisaient en effet bon acceuil aux étrangers qui l’aidaient


à fabriquer des armes à feu utilisées dans la lutte contre les seigneurs

Nguyễn).

 

 

246. Trai Cầu Vòng Yên Thế

Gái Nội Duệ Cầu Lim

Vaillants comme les garçons de Cầu Vòng Yên Thế

Gracieuses comme les filles de Nội Duệ Cầu Lim.

(Le village de Cầu Vòng, dans la préfecture de Yên Thế, province de Bắc Giang, est situé au pied de la chaîne montagneuse Cai Kinh. Grâce à son relief accidenté, il servi de maquis à des révolutionnaires et aussi de repaire à des

pirates. Ses habitants étaient réputés pour leur intrépidité.

Nội Duệ et Cầu Lim sont deux villages de la préfecture de Tiên Du, province de Bắc Ninh. Sis au milieu d’une campagne verdoyante, ils sont réputés pour la beauté de leurs habitantes, de surcroît pas très farouches en amour. Nous ferons plus loin leur connaissance quand nous aborderons le chapitre des chansons d’amour).

247. Bơi Đăm, rước Dá, hội Thầy, Vui thì vui vậy chẳng tầy giã La

Régates de Đăm, procession de Dá, anniversaire de Thầy, Toutes ces fêtes, quoique magnifiques, ne sauraient être comparées

à celles de La.

(Đăm : village de Trung Tựu, préfecture de Từ Liêm, province de Hà Đông, Dá : village de Yên Sở, préfecture de Đan Phương, même province. Thầy : village de Sài Sơn, préfecture de Quốc Oai, province de Sơn Tây. La :

village de La Khê, canton de La Nội, province de Hà Đông).

 

 

248. Dưa La, cà Láng, tương Bần, Nước mắm vạn Vân, cá rô đầm Sét Sont réputés pour leur gout exquis

Les choucroutes de La, les aubergines de Láng, la sauce de soja de Bần, La saumure du village de Pêche Vân et les anabos de l’étang Sét.

(Láng : village de Yên Lãng, près de Hà Nội. Bần : village de Bần Yên

Nhân, préfecture de Mỹ Hào, province de Hưng Yên. Vân : canton de Vân Hải, province de Quảng Yên. Sét : village de Giáp Lục, préfecture de Thanh Trì, province Hà Đông).

 

 

249. Cam Xã Đoài


Xoài Bình Định

Excellentes sont les oranges de Xã Đoài

Et les mangues de Bình Định.

 

 

250. Quan xứ Nghệ

Lính lệ xứ Thanh

Mandarins (superbes comme ceux) de Nghệ An

Soldats (indisciplinés comme ceux) de Thanh Hóa.

(Thanh Hóa et Nghệ An étaient les provinces natales des empereurs Lê et des seigneurs Trịnh ; leurs habitants jouissaient de nombreux privilèges sous la dynastie des Lê)

 

 

251. Đi bộ thì khiếp Hải Vân

Đi thuyền thì sợ sóng thần hang Dơi Par terre, on a à redouter le col des Nuages ; Par mer, on a à redouter les vagues diaboliques

qui déferlent en face de la grotte de la Chauve Souris.

(Obstacles qui s’opposent à la communication entre le Nord et le Sud. Le col des Nuages se trouve entre Huế et Đà Nẵng. La grotte de la Chauve Souris est au pied de ce col).

 

 

252. Trai An Thái

Gái An Vinh

Redoutables sont les garçons de An Thái

Et les filles de An Vinh.

(Ces deux villages font partie de la préfecture de Bích Khê, patrie de l’empereur Quang Trung des Tây Sơn. Leurs habitants, filles ou garçons, sont tous bien entrainés aux exercices de luttes et de boxe).

 

 

253. Bình Định tốt nhà Phú Yên tốt ruộng Khánh Hòa tốt trâu

On trouve des belles maisons à Bình Định, Des riches rizières à Phú Yên

Et des buffles superbes à Khánh Hòa.

(Trois riches provinces du Centre Vietnam qui, par ailleurs, est plutôt pauvre).


 

 

254. Quảng Nam hay cãi Quảng Ngãi hay co Bình định hay lo

Thừa Thiên ních hết.

Les gens de Quảng Nam sont discuteurs, Ceux de Quảng Ngãi sont querelleurs,

Ceux de Bình Định se font des soucis pour un rien,

Mais tout rentre dans la poche de ceux de Thừa Thiên.

(parce que ceux-ci sont de la capitale Huế, où aboutissent tous les procès et les démarches pour les avancements et mutations des mandarins).

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